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Jesus
n’est pas un garçon poli
Ancienne élève de l’École Normale
Supérieure, Camille de Villeneuve a vingt-huit ans. Dans le magazine La
Vie, elle dépeint Jésus comme un dingue, un rustre, un rabat-joie et un
mal élévé.
Qu’est-ce qu’un type affamé qui maudit un figuier parce qu’il ne porte
pas de fruits en hiver ? Un dingue.
Qui guérit une femme pour qu’elle lui fasse à manger ? Un rustre. Qui
vous menace de l’enfer ? Un rabat-joie.
Qui s’invite sans prévenir ? Un mal élevé.
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Jésus est dingue, rustre, rabat-joie, mal élevé. Jésus m’agace. Il
exaspère en moi la femme aux petites vertus. D’ailleurs, il n’aime pas
les femmes aux petites vertus, les consciencieuses. Jésus aime les
femmes sans vertu. Il les malmène, il les rudoie, ces qualités
sociales, ces ornements de la bienséance.
Jésus n’est pas un garçon poli. Il veut le scandale, la pierre abrupte
où les politesses se cassent la figure. Car c’est peut-être la dernière
chance d’apercevoir ce qu’il y a au-delà des vertus. Au-delà, où Jésus
goûte aux parfums des pécheresses, respire les huiles des femmes,
touche les intouchables, parle aux proscrits, pardonne aux
impardonnables.
Pour ça, Jésus aime ceux qui se risquent à tomber.
Il aime les estropiés et les boiteux. C’est la seule façon de reposer
sur sa poitrine ou de s’asseoir à ses pieds. “La chute, c’est le
salut”, voilà ce qu’il dit, le dingue, le rustre, le rabat-joie, le mal
élevé.
Un jour ou l’autre il faudra bien oser. Laisser nos conventions se
casser, même un peu, la figure. Ce doit être ça, le début de l’amour.